TROIS FTP TUÉS AU COMBAT
LE 9 JUIN 1944
AU GUILORS EN LOUANNEC


Chronique réalisée par Christiane BOUVIER, le 7 Décembre 1989

Le 9 juin 1944

Préambule
Connaître le passé de sa commune, donner un sens aux commémorations patriotiques qui s'y déroulent plusieurs fois l'an. Sont des " curiosités " légitimes de tout Louannécaine et tout Louannécain. Sur les 2 200 habitants que compte la commune, combien sont-ils a avoir une idée précise de ce qui s'est passé, un jour de juin 1944, dans les sous-bois, les fourrés, les ronciers de Kernu. Une centaine ? Peut-être moins. Et encore leur nombre s'amenuise-t-il d'année en année... Même si le sujet a pu ou peut encore paraître sensible et brûlant, Christiane BOUVIER, conseillère Municipale, s'y est attelée. Recueillant dans son quartier et ailleurs une multitude de témoignages, elle les a comparé, recoupé. Le texte qu'elle présente ici, avec beaucoup de finesse et de façon positive a été soumis à la critique des témoins actifs et passifs de cette sanglante journée. L'auteur de cet article n'a pas la prétention d'avoir réalisé un travail d'historienne, simplement celle d'avoir rédigé une "chronique", son texte s'échafaudant sur des textes rapportés.
En ce printemps de 1944, le Trégor vit une période marquée par des faits sanglants. Le débarquement des Américains est imminent. Où se fera t-il ? L'occupant, ressentant le danger qu'il voit courir, perd sa sérénité. La population est impatiente de retrouver sa liberté. Les réseaux de Résistance s'organisent pour saper l'ennemi et lui porter le coup fatal. Cet état de fortes tensions explique certains épisodes douloureux.
18 mai 1944 : premières exécution au camp d'aviation de Servel.
28 mai 1944 : attaque du maquis de Kerguiniou en Ploubezre.
29 mai 1944 : grande rafle de Lannion.
4 juin 1944 : rafle de Perros-Guirec.
9 juin 1944 : combat de Kernu.
Du 18 mai au 4 août, 35 personnes sont exécutées au camp d'aviation de Servel, résistants et civils, retrouvés après la libération de Lannion, dans une fosse commune.
Pour faire échec au débarquement, les Allemands exercent une forte présence sur tout le littoral de la Bretagne. A Louannec, ils déploient une activité intense du côté du Kin. Sur le cordon naturel qui délimite l'actuel plan d'eau de l'école de voile du Len circule un petit train dont les wagonnets transportent galets et sable nécessaires à la construction des blockhaus qui jalonnent la côte. A Pen-An-Hent-Névez, près de la maison TASSEL où l'état major ennemi tient ses quartiers on s'affaire beaucoup aussi. Un personnage mystérieux et trouble, le traducteur s'est installé dans la résidence du Carpont, près de l'école. Une atmosphère " électrisée ", des tensions amplifiées par le débarquement Américain du 6 juin réunissent les données "optimales" pour un affrontement, pourtant non programmé, dans le maquis à la limite de Louannec et de Saint-Quay-Perros. Deux jours après la rafle de Perros-Guirec, un grand nombre de résistants se sont réfugiés aux abords de Kernu. Leur objectif est de se concentrer davantage dans les terres et quitter une zone quadrillée. Une étincelle va tout embraser, comme l'explique Christiane BOUVIER. L'action des résistants qui sortent indemnes de ce combat ne s'arrête pas là. Plusieurs d'entre eux participent activement à l'encerclement et à la capitulation de 600 Allemands à Mez Gouez à La Clarté. Ils parquent les prisonniers dans un champ près du Cruguil avant de les remettre aux mains des Américains. Ces mêmes combattants poursuivent leurs efforts sur Tréguier, Lézardrieux, villes pas encore libérées. Certains même, comme François L'HÉVEDER, se lancent dans le feu du combat, dans la poche de Lorient.

Jean Paul SIMON

Bourg de Louannec
J plus 3, le jour se lève sur Louannec : un petit matin blême au ciel bas, gris uniforme. Il bruine légèrement. La sentinelle allemande vient d'être relevée en haut du clocher. Elle va et vient sur la plate-forme de la tour carrée. De temps en temps elle porte ses jumelles à ses yeux et scrute la mer ... Non, rien encore ce matin ! L'homme tourne les talons et laisse planer un regard morne sur le village qui s'éveille. Déjà, des camions militaires pétaradent sur la route traversant le bourg.

Vers 9 h
Jean BODIOU, Pierre LE MAO et André COLIN entrent prendre un verre au café d'Amédée LE MAILLOT qui jouxte la mairie et l'école. Ils sont heureux de se retrouver. Jean BODIOU raconte à ses amis qu'il vient de quitter la Garde Républicaine à Paris et qu'il vient prendre ses papiers d'identité à la mairie ce matin. Comme il pleut légèrement, nos trois hommes ont revêtu de longs imperméables et portent des casquettes, qu'à la mode ils ont rabattues sur leurs yeux.

Vers 9 h 10
Ils décident de se quitter, mais en sortant du café, ils voient les troupes russes et allemandes stationnées sur la grand'route. Tous les trois décident de passer par l'arrière cour du café et de rejoindre la mairie puis par la rue de l'école. La sentinelle en haut du clocher a remarqué les trois hommes, mains dans les poches de leur manteaux, qui sont en conciliabule et ont l'air de conspirateurs. Le vigile à l'ordre de tirer sur tout ce qui lui paraît suspect. Le détonateur claque. Personne n'est touché, André COLIN se colle au talus, tandis que les deux autres se glissent dans la cour de la mairie, Jean BODIOU demande à Yves CROCQ, secrétaire de mairie de passer par les bureaux pour sortir vers la route du Coajou. Pierre LE MAO s'enfuit. Le soldat en faction sur la place du bourg, alerté par le coup de feu, descend jusqu'à la mairie. Yves CROCQ installe Jean à une table, lui confie une pile de dossiers et lui demande de jouer au secrétaire. Lorsque le soldat demande à Yves CROCQ où sont passés les dangereux terroristes, il lui répond ne pas être au courant. Le soldat s'écarte de la mairie. Tandis que Pierre LE MAO, réussit à se sauver près de la ferme de Goascabel, Jean BODIOU tente de sortir par l'arrière de la mairie, longe, en se baissant, le mur de l'école, côté cour, puis traverse la rue pour regagner la prairie d'en face. Peine perdue, la sentinelle du clocher le voit fuir à travers champs. Il est arrêté, de même qu'André COLIN, resté au café d'Amédée LE MAILLOT. Tous deux se retrouvent au cantonnement allemand de Keravel. On les questionne sur le troisième homme qui les accompagnait. Ils restent muets. Alors l'officier allemand, responsable de Louannec, croyant avoir mis la main sur un groupe de résistants envoie une patrouille de trois soldats pour inspecter les environs.

9 h 30 sonnent au clocher
Les nuages se sont brusquement effilochés laissant la place à un ciel dégagé. Le temps est calme et la température agréable. Ce n'est pas encore l'été même si tout l'annonce. Les trois soldats se mettent en route dans la direction du Croajou Ils inspectent le bois de Barac'h, puis descendent la côte de Kernu. Ils ont décidé de pousser jusqu'à Pont-Ar-Saux, puis de revenir, vers le bourg en longeant la voie ferrée.

Kernu
A la ferme de Kernu, tout s'ordonne au rythme du soleil. Comme chaque matin, Louise HAMEL s'est levée tôt. Il le faut ! une journée de plus à la longue suite des jours d'occupation. Bien sûr, elle sait que les alliés ont débarqué. Ces deux derniers jours, la canonnade retentissait sur Louannec : explosions sourdes qui se succédaient sans arrêt. Aujourd'hui, des forteresses volantes en escadrille de 9 survolent Louannec lâchant des petits papiers d'aluminium pour brouiller les communications ennemies et faciliter l'implantation de leurs troupes. Les alliés ont pris pied sur le sol Français, elle en est certaine. Les journaux n'ont rien mentionné, censure oblige, mais la B.B.C. qu'elle écoute chez ses amis de 21 heures 30 à 22 heures exhorte les Français à aider les troupes alliées. Malgré tout l'occupation continue à Louannec. Les Allemands stationnés à l'entrée de Perros, au centre ville et à Pen-an-Hent-Névez procèdent à des vérifications, patrouillent sur les routes et les chemins et consolident "le mur" au long du Kin et de la baie de Nantouar, croyant à une autre attaque sur la côte nord de Bretagne. Tout semble immuable à Louise. Les mêmes gestes lui permettent d'oublier sa peur et ses responsabilités. Depuis 42 ans, elle est seule à la ferme avec son père handicapé et son plus jeune frère. Son frère aîné, réfractaire au S.T.O., a réussi à s'échapper du camp où il était enfermé à Lannion et est entré dans la Résistance. Depuis, elle ne sait où il est et craint à chaque heure d'être avertie d'un malheur. Elle doit s'accrocher, la petite retraite de son père ne suffit pas. Il faut s'occuper, des quatre vaches de l'étable. Comme chaque jour, après la traite des vaches et le remplissage des bidons de lait, elle sert le petit déjeuner. La journée s'annonce belle, le ciel est radieux. Louise suspend les torchons qu'elle a lavés, tant mieux ! Ils sécheront aujourd'hui.

Déjà 10 h
Il est temps de conduire les vaches aux champ. Louise emprunte la voie communale vers Ar-Vouster. Les bêtes connaissent bien le chemin et avancent tranquillement sur la route empierrée, bordée de talus herbeux. Tout est calme sous le soleil déjà haut, elle a beau tendre l'oreille. Rien ! L'écho des canonnades a cessé. Louise ne perçoit d'autre bruit que celui des sabots de ses vaches heurtant quelques cailloux. Tout en avançant, Louise se remémore le temps heureux d'avant la guerre quand elle habitait un des bâtiments de la ferme de Coat-Gourhant où vivent les TERRIEN. Louise aime beaucoup cette famille. Jeanne et Yves TERRIEN ont trois filles et un garçon. L'une des filles, Yvette, bien que plus jeune est la plus proche de Louise. Yvette, 18 ans, est une jeune fille solide, épanouie qui aime parler, chanter, rire et danser. Louise à l'opposé, est petite, fluette et réservée. Elle a grandi avec les filles de la ferme et considère les parents TERRIEN comme faisant partie de la famille. Il faut dire que ce sont de braves gens, généreux et appréciés de tous. Une grande allée, que domine un pigeonnier conduit à la cour rectangulaire qu'encadrent les bâtiments. De cette grande bâtisse impeccablement tenue sont employés des ouvriers agricoles à temps complet (dont Louise HAMON), auxquels s'ajoute une dizaine d'autres lorsque le besoin s'en fait sentir. Ceux-ci sont envoyés par le grand-père TERRIEN, fermier à Pleumeur-Bodou. Yves TERRIEN aide les résistants depuis 43 mois cache ses activités. Jamais il n'en parle ni à sa femme ni à ses enfants, il impose à tous le silence, une organisation précise au travail et aux allées et venues de sa maisonnée. Il interdit à quiconque fréquente la ferme de traverser le verger et les bois pour pénétrer dans la cour. Ainsi évite t'il que l'herbe ne soit foulée et que quelque trace ne soit relevée. De temps à autre Louise re rend à Coat-Gourhant. On joue aux cartes, on se raconte les nouvelles de la journée. A 21 heures 30, Yves va chercher le poste de radio, l'installe sur la fenêtre et écoute, assis au bout du banc, la tête penchée vers le haut-parleur les nouvelles et les messages diffusés par la B.B.C. La ferme des TERRIEN est un refuge nocturne pour des résistants de passage. On les nourrit, on les héberge. De l'extérieur, rien n'y paraît . Les résistants s'introduisent la nuit tombée dans les bâtiments du côté Saint-Quay par l'allée forestière. Yvette ne les rencontre jamais. Elle sait pourtant que de la nourriture est préparée chaque jour dans les communs : pommes de terre, des quartiers de viande et surtout du pain cuit en quantité dans le four de la maison par un résistant, boulanger de son état. Yvette a remarqué que son père a caché une moto sous le tas de fumier et une voiture sous le tas d'ajonc. Tout ce matériel doit servir à la Libération. Louise pense à eux avec tendresse et atteint bientôt le croisement de la voie communale et du chemin de fer. Un coup d'œil à droite et à gauche. Pas de train en vue. Son esprit vole à nouveau vers Yvette. Dimanche, elles iront faire un tour de bicyclette, Yvette conduira et Louise s'assiéra sur le porte-bagages. On chantera les derniers refrains de Tino ROSSI et les cahots de la route les feront tant rire.

Le Guillors, 10 h
Les vaches bifurquent à droite dans l'étroit chemin situé avant la ferme du Guillors. Encore quelques mètres, et Louise pénètre dans le champ par la barrière ouverte, passe devant le lavoir dit de "Kernu" et traverse la parcelle pour fermer la barrière de l'autre extrémité. Il s'agit d'une grande prairie bien entretenue, doucement inclinée vers le ruisseau bordé de grands arbres. Louise avance tranquillement la tête tournée vers la gauche et aperçoit les toits ardoisés de la ferme du Guillors appartenant à la famille POTAIN. Le couple POTAIN, ses voisins, cinq enfants : Yves, Marguerite , Louise, Marthe et François. Yves, l'aîné est gendarme en Corse et bloqué sur l'île depuis le début de la guerre. Marguerite (épouse de Louis LE NAOUR) et Marthe (épouse de Pierre SALAUN) (tous deux prisonniers en Allemagne) aident les parents aux travaux de la ferme. Louise mariée à Joseph LEROUX, employé à l'EDF à Paris, ont un fils et sont actuellement en vacances chez leurs parents. François, lui paraît et disparaît au gré des actions. Louise HAMEL, plongée dans ses pensées, a poursuivi son chemin, tout à coup elle sursaute et fixe, effarée, un homme en tenue d'officier de marine qui la domine d'une tête. Il tient une mitraillette et, jambes écartées, barre le passage. "Madame, vous ne passerez pas !" lui dit-il d'un ton sec. Louise, un instant interloquée, reprend ses esprits et essaie de lui expliquer qu'elle doit fermer la barrière afin que ses vaches ne s'enfuient pas. Rien à faire. Elle essuie un refus catégorique de la part du résistant. Elle s'apprête alors à tourner les talons lorsque celui-ci la retient. "D'où venez-vous ?" demande t'il, "de quelle ferme de Kernu". "Pourriez vous me montrer où c'est ? ... Au cas ou nous aurions besoin de quelque chose ! ". Louise, suivie de l'officier, remonte vers le lavoir de Kernu. Il n'est pas de Louannec. Elle en est certaine car elle ne l'a jamais vu. Louise choisit de prendre un raccourci à travers champ pour éviter de le faire passer sur la voie communale. En cinq minutes, les voilà à la ferme.

Il est presque 11 h
Le soleil darde ses rayons mais la vieille demeure des HAMEL garde un peu de la fraîcheur de l'hiver. Tout est calme. Une odeur de cire flotte dans l'air, mélangée au parfum d'un bouquet de roses blanches. Les premières de la saison. Le résistant pose quelques questions, inspecte les lieux. Des pas retentissent à l'entrée. C'est Mélanie PASQUIOU qui vient, comme chaque matin, prendre son lait. Aussitôt qu'elle avise le résistant dans la salle, elle avertit qu'en montant la côte de Kernu, elle a vu du côté droit trois soldats Allemands longer la voie ferrée et traverser la propriété HILLION pour rejoindre la route vers Kernu. Le résistant comprend que d'ici quelques instants, les Allemands peuvent être là. Par le raccourci, il court se replacer à l'endroit où Louise l'a rencontré. Son rôle est de monter la garde et d'empêcher tout approche du ruisseau. En effet depuis la veille, un groupe de résistants (3 hommes de l'Ile-Grande), a aménagé une cache en contrebas du champ de Louise, à côté de la barrière près du petit pont du Guillors. Entre deux talus, ils se sont confectionnés un abri de fortune avec des fagots, ajoncs et fougères. Louis OMNÉS de la ferme de Convenant-Meur leur a apporté la paille pour y passer la nuit. Un des soldats Allemands précède ses compagnons. Voyant la barrière du champ de Louise ouverte, il pénètre dans la prairie et se trouve face au résistant. Le Français est le plus rapide et tire. L'homme s'effondre, foudroyé. Mais le coup de feu a prévenu les deux autres soldats qui, sans se soucier de leur camarade ont poursuivi leur route. Ils accourent en traversant la ferme du Guillors, descendent le chemin, passent devant le lavoir du Guillors ne s'apercevant pas que le premier soldat a été tué dans le champ qui domine le chemin. L'officier de marine a fait signe à ses compagnons résistants abrités dans la cache. Ceux-ci saisissent leurs armes et visent. Un des soldats est grièvement blessé. Il chancelle, tombe, se relève, essaie de fuir en remontant le chemin, aidé de l'autre soldat indemne. Poursuivi par les résistants qui ont bondit de leur cachette et dévalent la pente jusqu'au chemin, le blessé est abandonné à la fourche du chemin d'entrée à la ferme et de celui rejoignant la route. Les résistants ne peuvent atteindre le soldat valide qui fuit et, c'est certain, court donner l'alerte. Le rescapé fonce à travers champ, parvient au Len à marée basse, traverse la baie de Perros et pique vers le Linkin où se situe l'Hôtel d'Angleterre, quartier des officiers. Jeunesse ? Inexpérience ? Affolement ?... Le groupe de l'Ile-Grande que l'unique hasard a forcé à tirer sans doute pour la première fois, est désemparé. Ils savent qu'il faut faire vite car les Allemands maintenant prévenus vont venir. Ils décident d'aller chercher François POTIN qui, ce matin, est à la ferme de Coat-Gourhant. Puisque François habite la ferme du Guillors, il saura se débarrasser des corps tandis que le groupe se repliera sur Coat-Gourhant. François a 23 ans c'est un garçon affable et gentil. Voilà qu'on lui confie la lourde tâche d'achever le blessé. Il a besoin d'aide. Marguerite et Louise ses sœurs préparent le repas à la ferme. Marthe et son beau-frère Joseph LEROUX sarclent un champ d'orge : ils arrachent le "pilger" c'est à dire la folle avoine. Du versant de Saint-Quay (en face du Guillors) où ils travaillent, ils ont distinctement entendu des coups de feu auxquels succèdent les appels de François. Tous deux accourent, passent le pont et voient François près de l'Allemand, qui couché sur le flanc, cherche encore à atteindre l'arme qu'il a laissé échapper dans sa chute. Tous ont compris la situation : l'Allemand est intransportable. François l'achève. Il transporte les corps des deux soldats morts au loin du ruisseau dans les prairies marécageuses qui s'étendent de part et d'autre du pont. Pas le temps de l'enfouir. Chaque minute met en jeu la vie de tous. Les corps sont immergés dans la boue. Pour éviter qu'ils apparaissent, il place quelques pierres par dessus. Louise et Joseph LEROUX décident de se mettre à l'abri chez la famille LEROUX au Rusquet à Brélèvenez. Marguerite et Marthe effacent les traces sur le chemin et retournent rapidement à la ferme supprimer de la fiche de contrôle de présence le nom de leur frère François. Marguerite et Marthe pensent qu'il est souhaitable de soustraire leurs trois enfants aux interrogatoires et aux brutalités qui peuvent arriver. Marguerite emmène les enfants chez Joseph GRALL puis revient à la ferme. Avant de rejoindre le maquis de Coat-Gourhant, François passe par Saint-Yves où habite la famille MEUDAL. Il est chaussé de sabots et sait qu'il va falloir marcher longtemps si on le recherche. Aussi demande t'il à ses amis le prêt d'une paire de chaussures. Le gendre de Madame MEUDAL, Jean BODIOU, possède une paire de brodequins qu'on lui fait enfiler. Après les avoir remerciés et salué, François se retourne une dernière fois et dit : "Si je ne reviens pas, vous pourrez dire que je suis mort en Français".

Coat-Gourhant 12 h 30
Yvette TERRIEN a mis la table . On s'apprête à déjeuner. Des pas précipités résonnent dans la cour. Deux résistants font irruption dans la cuisine. Hors d'haleine, l'un s'écrie : "Attention ! ça va chauffer par là" désignant la direction du Guillors, "il faut les prévenir !". Au même instant, Marie GUEGAN arrive à vélo prévenir les TERRIEN qu'un groupe de soldats se trouve à Petit-Camp et se dirige vers Coat-Gourhant. Yvette a compris. Depuis la veille, une soixantaine de résistants sont regroupés dans la lande de Lanneg-Vraz derrière la ferme. C'est l'endroit idéal pour eux. Protégée de hauts talus, la lande est couverte de bosquets de genêts et d'ajoncs adossés à des rochers qui forment ainsi des caches naturelles. Les résistants qui viennent de passer la nuit éparpillés dans la nature ou dans les fermes. TERRIEN, KERAMBRUN et BRICQUIR, sont rassemblés là. Les responsables, conscients du danger, décident que les groupes des différents villages doivent se disperser. Les groupes de Trébeurden, de l'Ile-Grande et de Pleumeur Bodou décident de s'en aller en pénétrant davantage à l'intérieur des terres puis de retourner se mettre à l'abri chez Pierre TERRIEN à Pont-Coulard en Penvern. Le groupe de Louannécains et de Perrosiens dirigé par le gendarme ANDRIEUXX et François LISSILOUR, (Henri CHAUVEL, André BONNOT, François GUÉGEN, Yves PAUVY, Clément MUELLER, Jean PRIGENT, Jean LE CALVEZ, François GOYAT, Louis HAMEL, François POTIN, Louis GUÉGAN, Yves ROLLAND, Joseh LE GUERN, Jacques MARGATÉ, Albert GOUELOU, Yves CAMPION, François GUIVARCH) prend la directionn de Milin-Coat-Gourhant, obéissant eux aussi à l'ordre de dispersion. LISSILOUR et son groupe s'arrêtent sur la lande de Convenant-Meur et y cachent leurs armes. Ils prennent ensuite la direction de Pen-Ar-Hoat. ANDRIEUX et son groupe poursuivent leur chemin sur les hauteurs de Saint-Quay dominant la vallée du Saux. Les hommes qui, armes à la main accompagnent ANDRIEUX sont François GUÉGEN, Yves CAMPION, Henri CHAUVEL, Clément MUELLER et André BONNOT.

Le Guillors 13 h 30
Depuis que les coups de feu ont claqué si fort et si près, Louis HAMEL, à Kernu, sait ce qui s'est passé. La peur le tenaille. Si les Allemands ont entendu ou su, ils vont arriver. Tendue, aux aguets. Louise perçoit le ronflement d'un moteur. Une furieuse angoisse la jette dans les escaliers qui grimpent au grenier. Elle fonce à l'une des deux lucarnes ouvrant vers la route et voit, horreur ! trois camions allemands passer devant la ferme. Chacun contient une quinzaine de soldats. Les camions s'arrêtent un peu plus loin au long de la route face à la ferme POTIN. De dehors lui parviennent, étouffées les voix des soldats hurlants des ordres. Ils s'égaillent dans les champs autour du Guillors et ratissent le terrain en descendant vers le ruisseau. En voulant remonter le versant de Saint-Quay de l'autre côté du pont, les Allemands se heurte au groupe d'ANDRIEUX qui, à cet instant traverse un champ de blé en direction de Perros. C'est l'affrontement. Les résistants ne peuvent y échapper. La fusillade dure deux heures (environ de 14 heures à 16 heures). Pendant ce temps, la famille POTIN enfermée chez elle, est terrorisée. Elle ne sait comment tout cela s'achèvera. ANDRIEUX, CHAUVEL, MUELLER d'un côté, François GUÉGEN, Yves CAMPION et André BONNOT d'un autre se battent et ne reculent pas devant les assauts répétés. CHAUVEL un jeune garçon de Saint-Brieuc est tué et plusieurs soldats ennemis gisent, inertes, dans l'herbe. Bientôt, François GUÉGUEN et Yves CAMPION sentent ANDRIEUX en difficulté. Ils tentent de le rejoindre mais un feu nourri les en empêche, François GUÉGUEN perd son béret qui s'est accroché à une branche. Des rafales d'armes automatiques déchiquetèrent sa coiffure. Toujours plus nombreux montent les soldats russes à l'attaque. Yves CAMPION tente une sortie. Impossible ! François lui conseille de rester à ses côtés car il a aperçu un soldat ennemi embusqué derrière une souche. Trop tard, Yves s'est esquivé, longe le talus et au moment où il veut traverser l'entrée du champ, il est atteint en pleine tête. Désormais cerné, ANDRIEUX se bat jusqu'à sa dernière cartouche puis lève les mains et se dirige vers l'officier allemand qui commande l'opération. Parvenu à quelques mètres de lui, parce qu'il sait qu'il s'achemine vers une mort douloureuse s'il est fait prisonnier, il sort son pistolet et tire au visage de l'Allemand. Dans l'instant qui suit, les soldats restés en arrière lancent une grenade qui explose au dessus de la tête d'ANDRIEUX, le gendarme est tué sur le coup. Les Allemands décrochent les barrières du champ de Louise HAMEL et s'en servent de civière pour ramener les morts du versant opposé jusqu'aux camions.

Le Guillors 16 h
Comme les Allemands n'ont pas retrouvé les deux premiers soldats tués. Ils interrogent la famille POTIN qui répond qu'elle ne sait rien. Ils fouillent les environs. Cette fois, les corps sont trouvés et extraits des marécages. La famille POTIN soutient toujours qu'elle n'y est pour rien. Leurs papiers sont contrôlés tout est en règle. Cependant, un sous officier croit savoir que Valentin et Marie POTIN ont un jeune fils et bien que son nom figure pas sur la fiche de contrôle, ils questionnent la mère à son sujet car ils ont trouvé une photo de François dans le vaisselier. Marie POTIN affirme ne plus avoir de nouvelles de François depuis qu'il est parti de la ferme le 18 mai passé. N'ayant que des soupçons mais aucune preuve, les Allemands s'en vont. La famille POTIN pense être hors de danger. Les camions descendent lentement la côte de Kernu. L'un d'eux s'arrête brusquement à la hauteur d'un adolescent. Ce très jeune garçon rentre chez lui et ne sait pas du tout ce qui vient de se passer au Guillors. Le sous officier lui demande juste un petit renseignement : "Savez-vous si un jeune homme de 23 ans travaille à la ferme du Guillors ?" , "Oui, je crois" répond t'il. Les Allemands furieux, comprennent qu'ils ont été berné et que François présent sur les lieux, a joué un rôle dans la fusillade puisqu'il a disparu. Les soldats investissent la ferme de nouveau, perquisitionnent mais ne trouvent rien. Hors d'eux, ils alignent la mère, Marguerite et Marthe (leurs maris sont prisonniers en Allemagne). On les invective, on menace de brûler les bâtiments puis de les fusiller pour venger l'officier tué par ANDRIEUX. Un des sous officier est particulièrement excité et semble vouloir mettre ses menaces à exécution. Tous les trois sont morts de peur, mais personne ne flanche. Heureusement, le capitaine de la feldkommandantur de Plouaret pénètre, à cet instant, dans la cour. On le met au courant des faits, il examine les accusations :
-1- le fils est absent.
-2- les soldats tués ont été cachés à proximité de la ferme.
-3- des brins de paille ont volé au long du chemin creux reliant Convenant-Meur à la cache des résistants.
Il interroge à nouveau chacun. Marthe explique qu'ils sont innocents et que malgré tout, les soldats veulent les fusiller. L'officier se tourne, courroucé, vers ses hommes et leur dit : "on ne menace pas la femme d'un prisonnier , puis à Marthe, il demande "Montrez-moi, Madame, celui qui a osé faire cela !". Marthe refuse. L'officier s'excuse et ne retient aucune charge contre les parents, Marguerite et Marthe. Il lance néanmoins un avis de recherche contre le fils de François. A la ferme de Convenant-Meur, les coups de feu entendus vers 10 heures ont surpris Louis OMNÉS et son employé Léon NICOLAS, 18 ans alors qu'ils plantaient des betteraves. Louis qui approvisionne depuis la veille les hommes de l'Ile-Grande a compris qu'il s'est passé quelque chose. A la fin du repas, vers 14 heures, quand retentissent les premières rafales d'armes automatiques, Louis OMNÉS décide que sa femme, Léon NICOLAS et lui resteront enfermés à la ferme. Par précaution, on cache au grenier deux quartiers de porc qui pendaient dans la cheminée. C'est alors qu'ils entendent vociférer en allemand dans la cour. Les Allemands arrêtent OMNÉS et molestent Léon NICOLAS qu'on fait tomber sur le fumier. On perquisitionne et on saisit les quartiers de viande et 100 000 francs (somme considérable à l'époque). On lie à tous les deux les mains derrière le dos et on les traîne au Guillors où ils sont confrontés aux trois membres de la famille POTIN. Ils déclarent n'être au courant de rien. On les jette alors dans un camion qui les conduit à la feldkommandantur de Plouaret : ils sont considérés comme otages. Cette fois, ce n'est plus une patrouille de trois soldats que les responsables Allemands envoient sur la commune mais des dizaines de soldats qui inspectent chemins et routes. Cependant, ils ne s'aventurent ni dans les champs bordés de talus ni dans les chemins écartés. La situation est incertaine et ils se savent à la merci de groupes isolés.

Coat-Gourhant, 17 h
On fouille aussi les environs de Coat-Gourhant. Des soldats longent l'allée qui conduit à la ferme : ils approchent du pigeonnier. Yvette, ses sœurs et sa mère ont entrepris cet après-midi là de laver de la laine. Elles se sont installées ostensiblement en plein milieu de la cour et font semblant d'être absorbées par leur travail. Il faut donner l'impression d'une activité normale ; en fait ce sont les mêmes touffes de laine qui seront lavées et relavées toute l'après midi. Reste à la ferme Alexis GUILLOU, le boulanger, qui s'occupait depuis le lever du soleil de la préparation de la nourriture et du pain pour la soixantaine de résistants. Ayant, lui aussi entendu la fusillade, il décide de jouer à l'ouvrier agricole, enfile une vieille veste et une paire de sabots, empoigne une fourche et se dirige vers le tas de fumier. Pendant quelques heures, il lève des fourchées de fumier à hauteur du tas, qu'il laisse retomber, on essaie de donner le change aux soldats.
Bourg de Louannec, 17 h 30
Les responsables Allemands, furieux d'avoir essuyé des pertes sont résolus à découvrir le réseau de terroristes. Le sergent de Keravel, accompagné de deux soldats accourt à Mabiliés, chez Pierre BOURDELLÉS, fouille la ferme et le somme de le suivre. Le groupe se dirige ensuite chez Auguste ADAM où le contenu des meubles est violemment jeté sur le sol. Rien de compromettant n'est découvert, cependant Auguste ADAM doit se joindre à Pierre BOURDELLÉS. Le sergent hésite alors : quelle autorité doit-on arrêter pour frapper la population et obtenir des renseignements ? l'instituteur ou le recteur ? le sergent opte pour le recteur et pénètre au presbytère. L'abbé Jean Baptiste GUÉGOU est un brave vieillard qui a participé à la grande guerre. Accidenté en moto, sa santé physique et mentale en reste gravement affectée : l'irruption brutale des soldats et la fouille systématique de son logement le choque et le désespère. Tout à coup, un des soldats découvre une seule et unique cartouche : souvenir de ses combats livrés à Verdun. Impossible de faire entendre raison au sergent qui tient le recteur pour un dangereux terroriste. Malgré les adjurations de Pierre BOURDELLÉS et les pleurs du recteur, le sergent et ses soldats acheminent les trois prisonniers vers Pont-Couennec. En descendant vers le Len, Pierre BOURDELLÉS plaide la cause du recteur. Le sergent se laisse enfin convaincre et l'abbé retourne chez lui. Arrivés à Pont-Couennec, les soldats font asseoir les prisonniers sur le bord de la route, on attend les ordres. Le couvre feu est instauré à 19 heures La Gestapo de Morlaix a été prévenu des troubles qui ont eu lieu sur Louannec et ses troupes de choc atteindront Perros ce soir. L'attente est interminable, la peur monte car nos deux prisonniers savent qu'ils sont capables de discuter avec la wehrmacht mais avec la Gestapo, impossible ! les Allemands sont aussi aux aguets : au moindre coup, bruit (envol d'oiseau, claquement d'un volet), jaillit une rafale de mitraillettes. On tire sans sommation. Madame BROZEC est ainsi atteinte par une balle. Le magasin du photographe à l'entrée de Perros, est partiellement incendié. Vers minuit, le sergent s'impatiente, il emprunte alors une moto à la garde allemande et fonce au Q.G. Il apprend que la Gestapo attaquée par des groupes de résistants autour de Morlaix ne peut venir. Il décide de ramener les prisonniers chez eux. Le lendemain à la première heure, Pierre BOURDELLÉS voit entrer chez lui le lieutenant MARTIN de Perros. L'officier veut connaître l'identité du Louannécain tué la veille : Yves CAMPION. Par mesure de rétorsion, il a décidé de brûler la ferme des parents CAMPION et désire que le maire l'accompagne. Pierre BOURDELLÉS essaie de le détourner de son projet mais rien n'y fait. Il a alors l'idée de décrire Yves CAMPION comme un voleur notoire, délinquant désobéissant et opposé à sa famille dont il fait le malheur depuis plusieurs mois. Il plaide que les parents CAMPION sont de braves gens que l'on punirait injustement. Le lieutenant renonce à son projet et pense que ses troupes se sont heurtées à un groupe de résistants isolés de passage à Louannec.
Que sont ils devenus ?
Jean BODIOU et André COLIN arrêtés et conduits au bunker de Pen-An-Hent-Névez vers 9 heures 30 ils sont relâchés à 11 heures 30 après contrôle de leurs papiers et sur intervention de Pierre BOURDELLÉS, qui, par ses fonctions, était appelé à parlementer avec les responsables Allemands de la commune. Isolés dans des parcelles différentes. Clément MUELLER, François GUÉGEN et André BONNOT essaient d'échapper au déploiement des forces ennemies sur le versant de Saint-Quay face au Quilors. Ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent pas traverser cette toile d'araignée tissé entre le Guillors, le haut de Saint-Quay et l'entrée de Perros. Il leur faut se dissimuler et attendre.
Clément MUELLER se faufile sous une souche et y passe la nuit.
François GUÉGEN progresse lentement sous les ronces abondantes de la lande située derrière un chemin creux. Plaqué contre le sol, il voit par un trou de passage de renard des dizaines de bottes aller et venir et entend les soldats russes hurler. Pris de boissons, ils sont passablement énervés. Impossible de s'enfuir. Il reste tapi sans bouger. La nuit venue, ayant rampé jusqu'au sous bois il se recouvre de feuilles mortes. A 5 heures du matin, des avions volants vers Lorient le réveillent. Avec précaution, François traverse la voie ferrée, remonte par la voie charretière de la propriété HILLION et regagne à travers champs la ferme ROLAC'H.
André BONNOT s'est lui aussi, allongé sous des buissons en attendant la nuit. Seulement il lui faut traverser le carrefour d'entrée de Perros. Le garage agricole MORVAN abrite une garde allemande. Par chance, personne ne le voit passer. Alors que minuit sonne, André va se réfugier chez Madame L'HÉVEDER marchande de vins sur le quai. Pendant quelques jours, il reste au fond d'un chais, où vient le nourrir la propriétaire.
Jean Marie PRIGENT, obéissant à son chef François LISSILOUR, se dirige vers Quemperven en compagnie d'Albert GOUÉLOU et François GOYAT. Ils on décidé de se mettre à l'abri chez un parents d'Albert GOUÉLOU. Ils y resteront deux jours jusqu'à ce que Simone BOUDER, Louise et Marie GOUÉLOU viennent les avertir que tout danger est écarté.
François POTIN, ayant rejoint le groupe de François LISSILOUR à Coat-Gourhant, suit son ami Yves ROLLAND jusqu'à la ferme de ses parents. Il a brûlé ses papiers puisqu'il sait qu'il est recherché et tient le maquis de ferme en ferme encore quelques jours. Le camion, dans lequel sont détenus Louis OMNÉS et Léon NICOLAS est attaqué à Kerauzern par un chasseur Anglais qui mitraille le convoi sans parvenir à toucher qui que ce soit. Arrivés à la feldkommandantur de Plouaret, un officier en état d'ébriété (il buvait du Champagne) interroge Louis et Léon à tour de rôle à propos de la fusillade du Guillors. Les deux Louannécains soutiennent ne rien savoir à ce sujet. L'officier procède à des vérifications d'identité. Léon NICOLAS est sommé de décliner ses nom, âge, qualité, adresses ... Léon répond docilement : Léon NICOLAS, 18 ans habitant le Len. On fait venir Louis OMNÉS qui certifie que Léon "Lomm" est bien son employé, (Lomm est le surnom du grand-père de Léon : Guillaume NICOLAS). L'officier en colère frappe violemment Léon NICOLAS croyant qu'il a menti. Il est difficile de lui faire comprendre qu'il s'agit d'une coutume pour désigner les membres d'une même famille par le surnom du père, du grand-père ou le nom de la ferme. On leur soumet ensuite une série de photos de résistants recherchés. Ils ont bien reconnus quelques enfants de Louannec comme Louis HAMEL mais ne disent rien. Un soldat les conduit au grenier du cantonnement allemand où sont détenus déjà une dizaine de maquisards. OMNÉS et NICOLAS discutent avec eux. L'un des résistants montre son dos lacéré de coups. Soudain, la porte s'ouvre, la sentinelle hurle qu'ils n'ont pas le droit de communiquer et assène NICOLAS de plusieurs coups de nerf de bœuf. Le lendemain, tous les deux sont ramenés au Guillors par une patrouille de 21 hommes. Un officier procède à une reconstitution : ils font emprunter, à tour de rôle, à Louis OMNÉS et Léon NICOLAS le chemin du Guillors pour déceler chez eux un trouble, indice qui les auraient dénoncé comme complice. OMNÉS plus âgé, a immédiatement compris et soufflé à Léon "Fais bien attention !". Cette fois, les Allemands sont convaincus qu'ils sont tous deux innocents. Comme il est midi, ils exigent que la ferme OMNÉS leur serve à manger. Louis et Léon vont arracher des pommes de terre qu'ils mettent à cuire dans un gros chaudron. Les soldats dépendent 15 saucissons crus de la cheminée et les dévorent arrosés de crème fraîche. Vers 15 heures, Léon rentre au Len. Les 100 000 francs ne seront jamais restitués à la famille OMNÉS.
Fin tragique de François POTIN
La Résistance place bientôt François chez un fermer de Trézeny qui possède aussi une ferme à Quempernen, Marthe sa sœur, doit obtenir de nouveaux papiers d'identité qu'elle lui portera en attendant, il travaille au champ et se rend quelquefois à Quemperven. Le 7 juillet les Allemands opèrent une rafle dans cette ferme (sur dénonciation sans doute). François a laissé pousser sa barbe. Malgré cela, il est immédiatement identifié et conduit à la kommandantur de Lannion (maison TASSEL). Après interrogatoire serré. Il est enfermé dans une des caves de cette maison. Il trace au mur 21 bâtons (1 par jour) et son nom. Sa famille lui rend visite deux fois, lui apportant nourriture et réconfort. Les conditions sont si pénibles que ses sœurs demandent à être reçues par un responsable. Après plusieurs demandes, on accède à leurs vœux. Le milicien qu'elles rencontrent leur promet la libération de leur frère pour le lendemain. Malheureusement, le sort en décide autrement. Ce 28 juillet, un soldat russe est abattu sur le pont de Kermaria à Lannion. Les Allemands, très nerveux, dans la mesure où ils se sentent partout en difficulté sur le territoire Français, réagissent avec violence. Des maisons brûlent sur le quai à Lannion, on tue plusieurs personnes innocentes et on vide les cachots de la kommandantur. Ce jour là, une femme de la kommandantur voit que deux hommes munis d'une pelle jettent François POTIN dans une voiture. La famille POTIN perd alors toute trace de lui. Lorsque Marthe demande des renseignements, on lui explique qu'il a été interné au camp de concentration de Dachau. Louise et Joseph LEROUX ont même obtenu des papiers officiels attestant son internement dans ce camp du 16 août au 21 octobre 1944 ( le camp de Dachau : 33 000 personnes ) ne sera libéré que le 29 avril 1945 par la 7ème Armée Américaine. Tous espèrent le retrouver à la fin de la guerre celle-ci est si proche. Ils iront à la gare de l'Est rencontrer les prisonniers lors de leur rapatriement croyant obtenir quelques nouvelles. En vain, où est la vérité ? nul ne sait. De nombreuses exécutions ont eu lieu au terrain d'aviation de Servel le jour de sa disparition. Fut-il du lot ? L'exhumation des corps des fusillés de Servel n'a pas permis son identification.
Témoins consultés

Louise LE CALVEZ née HAMEL,
Marthe SALAUN née POTIN,
Louise LEROUX née POTIN,
Yvette KERHERVÉ née TERRIEN,
Jeanne PRIGENT née MEUDAL,
Yves CROCQ,
Jean Marie PRIGENT,
François GUÉGEN,
Louis HAMEL,
Léon NICOLAS,
François L'HÉVEDER, ancien résistant,
Pierre BOURDELLÉS, Maire de Louannec et Député de la circonscription de Lannion,
André BONNOT et Corentin ANDRÉ membres de l'ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance).
Autres sources : Gendarmerie de Perros et le journal "le Trégor".
Je remercie vivement l'ensemble des témoins qui m'ont obligeamment raconté leurs souvenirs. De ce travail, je retire le sentiment que les sans noms, les sans grade, les résistants de l'ombre, les amis, les parents, le village entier de Louannec, face au péril extrême de cette journée, ont régi avec beaucoup de sang froid, de dignité de solidarité et d'amitié. Ceux qui aidaient les résistants, ceux qui se battaient comme ceux qui, même sous les coups, ont su se taire, méritent que l'on se souvienne de ces tristes heures.
Les victimes

ANDRIEUX Gabriel

Né le 18 janvier 1907 à Maroué, époux de Denise Hirel, un enfant, demeurant à Perros-Guirec, gendarme à la brigade de Perros-Guirec, FTP à la compagnie Gabriel Péri.

CAMPION Yves

Né le 17 juin 1923 à Saint-Quay-Perros, fils de Désiré et de Jacquette Le Gall, clerc de notaire, célibataire, demeurant Louannec, FTP.

CHAUVEL Henri, Charles, Marie
Né le 30 mai 1922 à Runan, fils de François et de Joséphine Gaillant, ajusteur, célibataire, demeurant au Rocher à Cesson en Saint-Brieuc, FTP.


Gabriel ANDRIEUX

Yves CAMPION

Henri CHAUVEL